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La naissance du JUDÔ... (2)

Les armes à feu modernes relèguent au rang d’antiquités les techniques de combat utilisées jusqu’alors par les samouraïs. Certains, fascinés par les armes à feu des Occidentaux, entreprennent leur fabrication, d’autres enfin vendent leur sabre pour survivre ! Certains rentreront chez les YAKUZA, comme hommes de mains, « videurs » dans les maisons de jeux, d’autres enfin « lancent le gant » et feront des démonstrations pour survivre ; quelques autres s’enrôlent dans l’armée...

De plus avec l’ère MEIJI, le voile qui occultait l’enseignement secret des ryu[1] s’efface peu à peu. Mais certains traditionalistes luttent farouchement contre cette divulgation ; un certain Gichin FUNAKOSHI qui avait alors « failli » aurait été  menacé de mort par des traditionalistes de certaines écoles de TO DE. Ces mêmes ryu ouvrent leurs portes aux soto-deshi (« étudiants de l’extérieur » ou externes, par opposition aux uchi-deschi, « étudiants de l’intérieur » ou internes).

Rares sont ceux qui croient, à cette époque, en l’intérêt d’une sauvegarde des anciennes techniques de combat, celles des BUJUTSU. Maître Jigoro KANO[2] est de ceux là ; universitaire de haut rang, éducateur de génie et philosophe, son action pour leur survie sera fondamentale et décisive. Son parcours est pour le moins spectaculaire !

Jigoro KANO est né à MIKATSE, dans la province de HYOGO, en 1860. Il est issu d’une famille de hauts fonctionnaires impériaux et suit alors un enseignement réservé à ceux de sa caste. À 17 ans, alors qu’il entre à la faculté des Sciences Politiques et Lettres, il subit les mauvais traitements réservés aux  nouveaux...

Il apprend quelques anciennes techniques de combat afin de pouvoir se défendre. En 1877 il s’inscrit à la TENSHIN, pour suivre des cours de JU-JITSU[3] et en 1879, soit deux ans après, il accompagne son Maître lors d’une démonstration devant le Président des États Unis d’Amérique, le Général Ulysse GRANT [4] .

L’histoire raconte que sa sœur lui aurait cousu, de ses mains, un UWAGI[5] , l’ancêtre du KEIKOGI (qui deviendra plus tard le JUDO-GI, pour s’appeler aujourd’hui le KIMONO). Les « ju-jitsuka » pratiquaient traditionnellement en hakama [6] noir ; autour de la tête était ceint un bandeau servant occasionellement de serviette éponge et que l’on retrouvera sous le men (casque) des « kendokas ».

Revêtir la ceinture (ou le hakama) c’est « porter l’esprit » du Maître qui l’a décernée...  À cette époque la transmission de cette ceinture donnait lieu à une cérémonie très importante :

Le disciple se baignait, coupait ses cheveux, se lavait les mains, les oreilles, les yeux, la bouche et le nez afin de purifier les cinq sens. Avec la ceinture, l’élève recevait l’esprit de son Maître et celui de tous les autres Maîtres qui l’avaient précédé.

Il n'existait que deux ceintures :

·      la blanche, portée par le disciple alors qu’il forgeait sa volonté et purifiait son corps et son esprit...

·    la noire qu’il recevait lorsqu’il était prêt, véritable symbole de l’authenticité de la pratique de son do.

Plus qu'un grade la ceinture noire était comparable à une clef permettant à son détenteur de passer du monde symbolique des profanes à celui des initiés.

[1] Voir "C'est quoi un dojo ?"

[2] 1860-1938

[3] Le mot Ju-Jitsu (ou Jiu-jitsu, parfois appelé aussi ju-jutsu ou jiu-jiutsu) se trouve dans quelques livres hollandais d’avant l’an 1600. C’était le nom typique dans la période Tokugawa, qui dura 300 ans avant la période militaire Meiji. Il est aussi appelé Yawara ou Toride, ou même judo dans de très vieilles écoles, telles que Shibukawa, Tchokushin, Kito, etc. Mais le mot judo abandonné ne fut officiellement reconnu qu’en septembre de la 16ème année de Meiji, grâce au travail et aux efforts du Maître J. KANO (extrait de Judo International, Éditions A.M.I.)

[4] 1822-1885, Président à partir de 1868

[5] veste d’entraînement à manches courtes, à peu près identique à celle du sambo actuel

[6] sorte de « jupe-culotte », à l’origine créée pour les cavaliers, et qui deviendra insigne du rang social des samouraï. Ce vêtement permettait également de masquer les mouvements de pieds.

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